Date de publication : 18-06-2009



L'évaluation de la profession de médecin


 

Daniel Bacquelaine (MR): Monsieur le président, madame la vice-première ministre, je profite de cette enquête nationale de MediPlanet sur la situation et le ressenti des médecins généralistes pour revenir sur une question qui a déjà occupé les travaux de la commission de la Santé. C'est une problématique que vous connaissez bien. Il s'agit de l'attractivité de la profession de médecin généraliste.Les médecins généralistes qui livrent leur sentiment dans le cadre de cette enquête parlent de 'burn-out', d'un malaise concernant toute une série de problèmes qui émaillent la profession. Je pense notamment au système des gardes, au surmenage, au numerus clausus qui y est étroitement lié. Je pense aussi à la complexité administrative du métier, à la surcharge administrative qui ont pour conséquence que ces médecins affirment de plus en plus qu'ils déconseilleraient fortement à leurs candidats successeurs la filière de médecin généraliste. Ce constat est inquiétant.Il est dès lors peut-être temps d'établir un véritable plan de revalorisation. Il ne s'agit plus de revendications en termes de revalorisation financière; cela a été fait. Les revendications sont maintenant d'ordre organisationnel.

J'aurais voulu connaître votre avis sur cette question. Envisagez-vous de mettre sur pied un véritable plan de revalorisation de la profession pour augmenter son attractivité?


12.02 Laurette Onkelinx, ministre: Monsieur Bacquelaine, je voudrais d'abord vous dire avec un clin d'oeil que lorsque j'étais étudiante, mon père me disait de choisir n'importe quelle filière mais surtout pas la politique, arguant de la difficulté de ce métier, des gardes, des discussions tardives, etc. Je n'ai pas obéi, comme vous avez pu le constater. Plus sérieusement, pour en revenir à la profession de médecin généraliste, cette enquête est intéressante et confirme les propos que j'entends fréquemment dans les discussions avec les représentants de cette profession.

Ils émettent beaucoup de revendications pour ce qui concerne l'attractivité de la profession mais pas uniquement sur un plan strictement financier.

Il y a eu de fait une revalorisation importante de la profession ces cinq dernières années, aux alentours de 40%. Peut-être devrait-on encore aller plus loin mais cette revalorisation a eu lieu.

Aujourd'hui, il s'agit de tout autre chose. C'est d'abord le regard porté sur la complexité administrative. Il faut aller beaucoup plus loin qu'actuellement. En cette matière, vous savez que
nous avons eu Impulseo 1, puis 2 et que nous allons bientôt avoir Impulseo 3 pour agir au niveau du soutien du travail administratif.

Par ailleurs, on a commencé également à simplifier les procédures et je prendrai l'exemple du plan Maladies chroniques et des prescriptions de médicaments renouvelables.Je travaille également à une simplification et à une intensification de l'information. Nous avons déjà pas mal travaillé, par exemple en termes de e-health, mais il faudra aller plus loin, notamment en ce qui concerne la prescription électronique.J'entends très souvent parler de la difficulté relative aux gardes. Les médecins généralistes sont confrontés au problème des gardes et ils n'ont plus envie de les assumer, contrairement à ce que faisaient leurs collègues auparavant. La situation est extrêmement préoccupante, mais pas partout de la même manière. Dans certains quartiers, c'est moins pesant mais dans les zones dépeuplées, c'est parfois dramatique.

Comment travaillons-nous? Dans un premier temps, nous avons doublé les budgets de soutien aux postes de garde avancés. Ensuite, nous avons lancé deux projets pilotes, dans le Hainaut et à Bruges, autour de ce qu'on appelle le 1733, c'est-à-dire le fait de réunir les gardes 100 et l'appel au médecin afin de réduire autant que faire se peut la sortie du médecin pour se rendre au domicile du patient qui appelle. Au-delà de cela se pose la question du numerus clausus. Je dis clairement que je suis en faveur d'une planification. Sans planification, on pourrait avoir un nombre important de médecins mais également des pénuries pour certaines spécialités; je pense aux pédiatres et aux médecins urgentistes. Les quotas ont été allégés. Je suis favorable à une modification fondamentale qui permettra véritablement de desserrer la ceinture et d'éviter le risque de pénurie qui pèse sur les médecins généralistes, ce qui rend leur profession difficile, notamment en matière de gardes.

Suite au cadastre, la commission de planification fera des propositions au gouvernement. J'espère que nous aurons de bonnes nouvelles prochainement!


12.03 Daniel Bacquelaine (MR): Madame la ministre, je vous remercie de votre réponse. Je pense, pour ma part, qu'il faudrait peut-être aller plus loin et plus rapidement dans trois domaines.

Premièrement, la complexité en matière de prescription. Il faut revoir la classification pour aller vers une révolution à cet égard. Sanctionner ceux qui prescrivent tout à fait en dehors des normes pourrait se faire sans maintenir le système actuel de classification.

Deuxièmement, les gardes. Il faut se poser la question du concept de la nuit blanche, de minuit à 06.00 heures du matin, pendant laquelle les gardes, telles qu'elles fonctionnent actuellement, ne sont plus vraiment nécessaires et devraient regagner les services 100.

Troisièmement, en matière de numerus clausus, on peut franchir un pas supplémentaire. Il faut instaurer un examen d'entrée. Je sais que ce n'est pas du ressort du fédéral mais la Communauté française devrait peut-être inciter nos collègues à mettre en place un examen d'entrée, comme cela existe en Flandre.

À partir de là, on pourrait supprimer les quotas à la sortie des études. Il y a moyen d'aller plus vite et plus fort dans plusieurs domaines pour augmenter l'attrait de la profession.




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