Date de publication : 09-12-2008



Remboursement de l'Entécavir (nom de marque: Baraclude)


 

Daniel Bacquelaine (MR): Madame la présidente, monsieur le secrétaire d'État, l'Entécavir est un médicament contre le virus de l'hépatite B.

Le Congrès de l'Association américaine pour l'étude des maladies du foie a révélé récemment des chiffres tout à fait impressionnants en ce qui concerne la lutte contre l'hépatite B chronique.

Je sais que vous connaissez le dossier. Vous avez d'ailleurs déjà participé à des colloques sur le sujet.

 

Jean-Marc Delizée, secrétaire d'État: Dans une autre vie, peut-être. … J'ai participé à beaucoup de colloques.

Daniel Bacquelaine (MR): Les études portent sur le traitement de l'Entécavir chez les patients souffrant d'hépatite B. Selon le professeur Yun-Fai Liaw de l'université de Taipei, chez 94% des patients souffrant d'une hépatite B devenue chronique, le virus est devenu indétectable après quelques mois de traitement, et est resté indétectable tout au long des cinq années suivantes. C'est évidemment particulièrement intéressant, les cinq années évoquées correspondant à la durée de l'étude.

Selon les spécialistes, ces résultats ne concernent toutefois pas tous les patients souffrant d'une hépatite B chronique car il faut tenir compte de l'état d'avancement de la maladie, mais aussi du fait que seuls les patients dit "naïfs", c'est-à-dire ceux qui n'ont jamais eu d'autres traitements pour cette même pathologie, répondent positivement à ce médicament qui est alors le premier à être administré.
Si on a traité les patients avec d'autres médicaments avant, le traitement par l'Entécavir est moins efficace.

En Belgique, une spécialité qui s'appelle Baraclude est disponible. Elle ne fait cependant l'objet d'un remboursement qu'en seconde ligne, c'est-à-dire quand, précisément, on a subi un autre traitement avant qui s'est révélé inefficace. C'est bien entendu un non-sens puisque le médicament Entécavir est justement actif quand on n'a pas fait de traitement antérieurement.

Il semblerait d'ailleurs que la Belgique soit le seul pays européen à ne pas rembourser ce traitement pour des patients naïfs, c'est-à-dire pour des patients qui n'ont pas encore reçu d'autres traitements.

Alors que la priorité pour les malades chroniques a été maintes fois évoquée par la ministre elle-même, estimez-vous normal que des patients belges souffrant d'hépatite B chronique ne puissent avoir accès, sauf à y aller de sa poche, à un traitement efficace en première ligne?

Quelles sont les actions que vous comptez prendre pour remédier à ce problème? Une demande de révision des critères de remboursement a-t-elle déjà été introduite? Dans l'affirmative, où en est le processus?

La commission de remboursement des médicaments s'est-elle déjà penchée sur ce dossier? Il faut dire qu'elle n'est pas toujours très efficace.

Dans la négative, une demande de révision des critères va-t-elle être envisagée par votre département?

 

Jean-Marc Delizée, secrétaire d'État: Madame la présidente, chers collègues, monsieur Bacquelaine, je ne me considère absolument pas comme un spécialiste de l'hépatite B même si j'ai pu participer à l'un ou l'autre colloque sur la question et sur la santé publique en général.

La réponse de Mme Onkelinx est la suivante.

Le traitement efficace en première ligne pour l'hépatite B chronique dont vous parlez concerne l'Entécavir, la spécialité étant le Baraclude, comme vous l'avez signalé.

Au sein de la commission de remboursement, une procédure de demande de remboursement pour ce produit particulier est en cours. J'attends l'avis de la commission de remboursement qui comprend entre autres la valeur thérapeutique, la plus-value du produit et son positionnement dans le traitement.
À ma demande, la commission de remboursement organise une révision de groupe, un groupe de travail devant établir un état des lieux en matière de traitement de l'hépatite B par une approche médicamenteuse.

Aussi bien la procédure entamée par le fabricant Bristol-Myer Squibb pour cette demande spécifique que le groupe de travail sur le sujet plus large de l'hépatite B sont toujours en cours.
Je vous signale que le Centre fédéral d'expertise étudie également le positionnement de tous les antiviraux pour l'hépatite B.

Voilà ce que Mme Onkelinx répond, monsieur Bacquelaine, à votre question.

 

Daniel Bacquelaine (MR): Je me demande pourquoi il faut réinventer le fil à couper le beurre. Nous sommes le seul pays européen à agir de cette façon. Il faut surtout se demander si on n'a pas soi-même tort, plutôt que de penser que ce sont les autres qui ont tort.

Je regrette qu'on n'aille pas plus vite, parce que des personnes vont peut-être développer un cancer suite à la persistance du virus de l'hépatite B. Pour moi, il est urgent de traiter ce problème.

Dans la plupart des pays européens, on reconnaît le remboursement de ce médicament pour les patients qui n'ont pas eu d'autre traitement avant. Ici, on attend que les patients aient suivi d'autres traitements avant de rembourser ce médicament, alors qu'on sait que ce médicament sera moins efficace que si on l'avait donné tout de suite. C'est assez dramatique au niveau de la cohérence intellectuelle.

La présidente: On rencontre régulièrement ce genre de situations. Parfois le fait de les mettre en évidence au parlement permet de faire passer des informations et parfois de corriger les erreurs.




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