Date de publication : 21-10-2008



Carte blanche : Les règles de la liberté


--- Cet article a été publié en tant que carte blanche dans les colonnes du journal l'Echo du 31 octobre 2008 ---

LES REGLES DE LA LIBERTE
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Face à la crise financière mondiale exceptionnelle que nous traversons, deux manières de réagir s’offrent aux responsables politiques : l’action et la recherche de solutions ou l’agitation politicienne qui confine souvent à la caricature, au populisme et au poujadisme. A l’heure où l’émotion et l’inquiétude dominent, d’aucuns sont tentés par cette seconde voie. Ils prônent purement et simplement la fin du système libéral.


Ce fut déjà le cas après les crises financières de la fin du XIXème siècle avec l’avènement de l’utopie marxiste qui déboucha au XXème siècle sur l’horreur totalitaire du communisme et du goulag. Ce fut encore le cas lors de la crise de 1929 qui fut suivie par le développement du national-socialisme en Allemagne.

Abandonner le système libéral, cela signifie supprimer les libertés, le libre choix des gens dans tous les domaines, l’autonomie de la personne et l’émancipation des citoyens.


Le libéralisme est un tout qui ne se dissèque pas. Il n’y a pas d’exemple dans le monde où le libéralisme politique et les libertés individuelles qui lui sont attachées aient survécu à la suppression du libéralisme économique et de l’économie de marché.

C’est le libéralisme économique qui permet la création de richesses, la lutte contre la pauvreté, la reconnaissance du travail, le développement des sciences et des technologies, l’investissement et la créativité.

Bien entendu la richesse ne suffit pas à faire une civilisation. Mais seule la création de richesses permet de pérenniser la solidarité et la protection sociale, le système de pension, l’aide en matière de santé ou lors d’une perte d’emploi. La sécurité sociale, n’en déplaise à certains, est d’ailleurs une invention libérale.

En d’autres mots, le libéralisme n’est pas le capitalisme. Celui-ci est une technique de récolte de fonds privés et de création de richesses. Le libéralisme lui est une pensée politique qui se sert de l’outil que représente le capitalisme pour assurer de la prospérité. Le capitalisme n’intervient en rien dans la répartition des richesses. C’est là l’affaire du politique. Le libéralisme oriente cette répartition en misant sur l’autonomie et l’émancipation des personnes ainsi qu’en valorisant le travail, la créativité, l’initiative, l’effort et le mérite. Il organise la solidarité en aidant activement ceux qui se trouvent en situation de difficulté et de faiblesse, transitoire ou durable. Il vise à remettre chacun en situation d’exprimer ses talents et ses choix de vie. Le libéralisme repose sur la responsabilité. Il n’accepte pas les rentes de situations et les privilèges.

Les apprentis sorciers qui veulent détruire le système libéral ne disent jamais par quoi ils souhaitent le remplacer. Il est vrai que le choix n’est pas grand. Le collectivisme, l’étatisme et le nationalisme n’ont pas vraiment – c’est un euphémisme – fait leurs preuves.

A cours d’arguments rationnels, une certaine gauche ne se prive pas de faire l’amalgame entre libéralisme et ultralibéralisme.

L’ultralibéralisme est une idéologie du laisser-faire qui recommande la liberté sans limites, l’individualisme sans monde social, la loi du plus fort, l’économie sans règles. Elle est aux antipodes de la pensée libérale moderne.

Il y a donc une véritable malhonnêteté intellectuelle à confondre libéralisme et ultralibéralisme qui n’ont en commun qu’une analogie sémantique.


Les antilibéraux prétendent que les libéraux seraient opposés, voire allergiques aux règles dans le domaine économique et seraient d’affreux adeptes du laisser- faire. C’est évidemment faux et absurde. Les libéraux réformateurs sont favorables à une économie de marché régulée et donc à des règles qui disciplinent, modèrent et coordonnent ce marché. Les libéraux ont toujours plaidé pour un Etat efficace et impartial qui détermine des règles et des sanctions et qui assume ses pouvoirs régaliens. Il n’y a d’ailleurs pas de libéralisme possible sans règles, sans contraintes et sans limites puisque pour les libéraux, la liberté des uns est forcément limitée par celle des autres. Ce sont les règles et les sanctions qui y sont assorties qui permettent à chacun de jouir de sa liberté tout en respectant celle d’autrui.


Les libéraux défendent des règles objectives qui s’appliquent à tous dans un Etat où chacun a, de manière générale, des droits et des devoirs.

L’Etat doit être l’Etat de tous. Il doit jouer son rôle protecteur pour tous. Même si l’ensemble des courants politiques démocratiques peuvent intégrer cette approche, il faut bien constater que trop souvent encore l’Etat est confisqué par une partie seulement de la société et mis sous la coupe de groupes de pressions organisés.

Et il est vrai que les libéraux critiquent l’emprise excessive et paralysante de certaines structures publiques, la fiscalité abusive, la bureaucratie qui asphyxie la création, les subventionnements arbitraires et partisans.


Plus fondamentalement encore sur un plan anthropologique, l’archaïsme socialiste redoute l’émancipation des hommes et des femmes, leur autonomie, leur capacité de se prendre en mains et de prendre des décisions, bref tout ce qui découle d’une société libérale où chacun dispose d’une liberté réelle comprise comme une véritable puissance d’agir. Il développe un système d’assistance passive qui maintient un grand nombre de personnes dans un état de dépendance vis à vis de la puissance publique. Ce faisant, il s’oppose au système libéral qui est jusqu’à présent le seul capable de faire reculer la pauvreté et de favoriser l’émancipation. La pauvreté n’est pas une fatalité.

La dépendance ne peut constituer une assurance vie pour un courant politique. La régulation de la précarité ne peut tenir lieu de politique.


Ce n’est évidemment pas de cette régulation là dont nous avons besoin pour faire face aux problèmes actuels.

A l’heure où l’économie mondiale connaît des difficultés, il apparaît que les réponses doivent être concertées au niveau international. Les mesures d’urgence prises par la Belgique et les autres gouvernements de l’Eurogroupe rejoints par la Grande-Bretagne en sont l’illustration.

Comme le disait Nicolas Sarkozy le 25 septembre dernier, « nous devons refonder le capitalisme, le refonder sur une éthique, celle de l’effort et celle du travail …, retrouver un équilibre entre la liberté nécessaire et la règle ». Nous devrons nous doter d’outils nous permettant une régulation mondiale efficace que la globalisation des échanges rend urgemment indispensable. Nous devrons garantir davantage de transparence en s’attaquant à l’opacité de certaines transactions et de certains produits d’épargne Nous devrons supprimer les abus que représentent les parachutes dorés.


En tant que réformateurs, nous ne pouvons que souscrire à ces objectifs, les seuls qui puissent rétablir durablement la stabilité financière et une perspective de développement et de prospérité.


Comme ce fut le cas tout au long de son histoire, parce qu’il se fonde sur la liberté et qu’il ne s’enferme dans aucun dogme, le libéralisme réformateur s’est toujours révélé être le moteur du changement permettant d’améliorer la société et la condition humaine.







Pierre-Yves JEHOLET           Daniel BACQUELAINE
Député fédéral                       Député fédéral
Porte-parole du MR               Président du groupe MR de la Chambre

 


1 Il s’agit aussi du titre de l’ouvrage de Monique Canto-Sperber, Philosophe, Directeur de recherche au CNRS, publié aux Editions Plon.



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