Daniel Bacquelaine (MR) : Monsieur le président, Monsieur le ministre, chers collègues, au-delà de l'émotion et de la tristesse que chacun a pu ressentir à la suite du dramatique accident d'avion de Charm El Cheikh, l'opinion publique se pose un certain nombre de questions relatives à la sécurité aérienne.
Le public est-il en sécurité ou se sent-il en sécurité lorsqu'il achète un billet d'avion "clef sur porte" dans une agence ou chez un "tour operator"? Quelle est la fréquence des contrôles effectués par les autorités de l'aviation civile dans notre pays? Que fait-on des informations relatives aux résultats de ces contrôles? Quel en est le degré de confidentialité? Les "tours operators", par exemple, sont-il informés des résultats de ces contrôles, notamment lorsque des déficits de sécurité sont relevés? Quel est le degré de circulation de l'information entre les différents pays européens? Huit compagnies aériennes auraient fait l'objet d'une interdiction de survol du territoire suisse durant ces dernières années. Les autorités de l'aviation civile belge ont-elles été informées de ces interdictions? Dans la positive, comment ont-elles réagi à ces informations? Des initiatives ne doivent-elles pas être prises par le gouvernement belge, notamment au niveau de l'Union européenne, pour que l'on s'oriente vers une certaine harmonisation des contrôles, le but étant de pouvoir assurer la bonne circulation des ces informations et ainsi rassurer la population concernée?
En ce qui concerne la destination de l'information, ma collègue Dominique Tilmans a interrogé, mardi, en commission de l'Economie, le ministre de la Consommation, Mme Van den Bossche, sur la possibilité ou non d'informer le consommateur sur le résultat des contrôles organisés par les autorités de l'aviation civile. Il lui a été répondu de manière assez surprenante – mais sans doute était-ce dû à une certaine improvisation - que le consommateur n'était pas apte à juger de telles informations et que, par conséquent, la transmission de celles-ci n'était pas pertinente. Je répète que j'ai été un peu surpris par cette réponse.
Frank Vandenbroucke, ministre : Monsieur le président, chers collègues, étant donné que les résultats des inspections dites SAFA (Safety Assessment of Foreign Aircraft), effectuées par des pays de l'Union européenne et la plupart des pays européens comme la Suisse sont placés dans une banque de données communes que l'autorité aéronautique de ces pays peut consulter, il n'y a aucune obligation d'avertir les collègues des autres pays. Ainsi, la Belgique n'a-t-elle pas été spécialement informée par les autorités suisses des mesures prises à l'encontre de Flash Airlines. En respect de la réglementation internationale, OACI, la Belgique contrôle en premier lieu la navigabilité de sa propre flotte comme l'Egypte doit, en l'occurrence, contrôler les avions de Flash Airlines. Suite aux résultats d'audits effectués par l'OACI démontrant des faiblesses de supervision dans plusieurs pays, - la Belgique et l'Egypte n'étant pas concernés -, l'Union européenne et la plupart des pays européens organisent des inspections "SAFA". Ainsi, chaque année, la Belgique contrôle une centaine d'avions étrangers dans les aéroports belges. En cas de constat d'insécurité, des mesures sont imposées à ces compagnies aériennes. Les résultats des inspections et les rectifications sont accessibles par le biais de la banque de données communes européenne. Chaque pays prend, souverainement, les décisions et les mesures nécessaires en cas de demande d'une compagnie étrangère pour exercer des droits de trafic impliquant ses aéroports. En Belgique, une procédure rigoureuse est suivie. En effet, avant tout octroi et en cas de doute sur la sécurité, la banque de données communes est consultée. Par ailleurs, d'autres indicateurs de sécurité sont évalués. Jusqu'à présent, les autorités belges n'ayant pas reçu de demande de Flash Airlines pour effectuer des vols vers ou à partir d'un aéroport belge, cette entreprise ne détient aucune autorisation d'exercice de droits de trafic en Belgique. Depuis fin septembre 2003, l'AESA (Agence Européenne de la Sécurité Aérienne) est responsable de la certification des avions de l'Union européenne. Pour éviter des appréciations divergentes des indicateurs de sécurité dans les pays de l'Union, je souhaite, à l'avenir, que cette agence prenne les décisions communes relatives à l'interdiction des compagnies aériennes, - qui ne font pas partie de l'Union européenne -, d'opérer vers et à partir d'aéroports européens. Comme les procédures actuelles de la Direction générale "transport aérien" conviennent pour assurer la sécurité aérienne, je n'imposerai à mes services qu'une vigilance continue. Monsieur le président, ces propos concluent la partie générale de la réponse. En ce qui concerne les questions plus ponctuelles, voici les précisions demandées. Les modalités précises des contrôles qui peuvent être effectués par les pays de l'OACI auprès des aéronefs visiteurs sont décrites dans l'article 16 de la Convention de Chicago. Les contrôles SAFA s'inscrivent dans ce contexte mondial d'une façon à la fois régionale et structurée. Toutes les compagnies sont contrôlées de la même façon. Une check-list comportant 54 points, portant sur les évidences documentaires et l'état apparent de l'appareil, est supposée donner un maximum d'informations pouvant être recueillies endéans le court délai alloué par la Convention de Chicago. Les critères qui déterminent si une information relative à la sécurité peut être divulguée sont de nature à la fois volontaire et opérationnelle. Prenons le cas de la législation européenne et nationale relative aux incidents et accidents d'aviation. On constatera que les renseignements y sont réservés à ceux qui peuvent en tirer avantage. Maintenant, se pose la question de savoir si les intermédiaires de transport, voire les passagers individuels, peuvent en tirer profit. Il faudra, bien entendu, empêcher les allégations ou les spéculations fausses ou vexatoires. J'ai déjà fait allusion à la banque de données européenne établie à Hoogdorp aux Pays-Bas, pour décrire les échanges d'information existants au niveau européen. L'accès en est limité et réservé aux autorités compétentes. La Belgique pourrait prendre une initiative assez vite, peut-être même sous la présidence de l'Irlande, en essayant de renforcer les contrôles SAFA. Les perspectives d'uniformisation des procédures de contrôle et d'information sont ouvertes dans la reprise, par la Commission et par le Conseil des ministres des Transports de l'Union, de la révision du projet de directive de l'Union européenne sur les inspections SAFA. À cette occasion, le niveau de valeur de précédents de l'expérience d'un pays vis-à-vis des autres membres européens ainsi que l'information ouverte aux autres intéressés que les autorités aéronautiques nationales pourraient être à nouveau envisagés sans idées préconçues. Pour répondre à la question de Mme Doyen-Fonck, je confirme qu'il n'y a pas de liste noire, secrète ou non, mais bien une liste d'activités SAFA en général, dont les États peuvent actuellement tirer profit comme bon leur semble. En ce qui concerne la question de Mme Lalieux, je confirme que les contrôles SAFA peuvent s'effectuer sur tout avion étranger, de l'Union européenne ou non, avion de ligne ou charter, de compagnies de structure traditionnelle ou "low-cost". Le caractère judicieux de la répartition des visites doit être déterminé par les moyens que chaque pays peut mettre en œuvre. Je ne nie pas que nous ciblons certains pays suspects mais nous nous efforçons de ne pas agir d'une façon visiblement discriminatoire ou arbitraire, ce qui explique le contrôle fréquent d'aéronefs provenant de pays réputés sûrs.
Daniel Bacquelaine (MR): Monsieur le ministre, je vous remercie pour votre réponse. Je note avec satisfaction que les choses semblent évoluer positivement en matière de coordination et d'harmonisation des contrôles au niveau européen, même si des progrès sont sans doute encore nécessaires. Par contre, en ce qui concerne l'utilisation des informations relatives aux contrôles, il me semble qu'il y a encore des progrès à faire. Nous avons tout à gagner en termes de sécurité avec une diffusion plus large de ces informations. Cela inciterait sans doute l'ensemble des compagnies aériennes à redoubler de vigilance. La transparence et la clarté de l'information dans cette matière permettraient sans aucun doute des progrès dans le domaine de la sécurité. Les voyagistes, les tour-operators mais aussi les voyageurs devraient pouvoir bénéficier d'une information plus large sur la qualité et le résultat des contrôles effectués.
 
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